Impact du Covid-19 & marché immobilier: les experts s’expriment sur la situation


A  l’occasion d’un webinar organisé sur le sujet de l’immobilier en période de Covid-19, quatre experts du secteur décryptent la situation actuelle sur le marché immobilier et s’expriment sur les hypothèses de sortie de crise ainsi que les impacts à long terme. 

Parmi eux: Paul Henri Chopin, co-fondateur de la néo-agence Hosman; Eric Chatry co-fondateur de Je Rêve d’une Maison, expert de la chasse immobilière; Olivier Jourdan, CEO chez Helloprêt, courtier en ligne; accompagnés par Maître Morgan Guilbert, notaire.


Un point sur le marché immobilier en période de confinement


Suite aux mesures de confinement, tous les professionnels ont dû s’adapter à ces nouvelles mesures de sécurité sanitaire en proposant différentes solutions à distance.

Quel statut pour les ventes et achats de biens immobiliers ?

Les mesures de sécurité sanitaire, prises face au Covid-19, invitent tous les acteurs du marché à se questionner sur l’avenir. En particulier, les vendeurs et acquéreurs avec des projets à court ou moyen terme. Mais malgré l’inquiétude qui pèse sur le marché, des solutions sont mises en place afin de gérer les risques et faire avancer les projets.

La mise en pause du marché ces dernières semaines signe un coup d’arrêt brutal pour toutes les transactions immobilières, en pleine saison haute. En effet, certains projets avancent lentement mais sûrement, tandis que d’autres sont au point mort et attendent la sortie du confinement pour reprendre. Le climat d’incertitude anxiogène qui règne sur le marché est aussi un facteur de la baisse d’activité. Hosman observe environ 10% de rétractation d’offres de la part d’acheteurs souhaitant reporter leurs projets à plus tard. De son côté, Je Rêve d’une Maison explique que le nombre de nouveaux biens sur le marché depuis le début du confinement a chuté de 20%. 

Toutefois, des solutions à distance, telles que les visites virtuelles en 3D en ligne et les visio-estimations réalisées à distance par des expert, sont essentielles pour permettre aux acheteurs et vendeurs de préparer leurs projets pendant la période de confinement. N’hésitez pas à contacter des professionnels dès maintenant, pour parler de votre projet. Les experts restent disponibles pour vous accompagner.

En savoir plus sur l’avenir des projets de vente et des achats immobiliers.


Quelle est la position des banques pour traverser cette crise sanitaire ?

Aucune hausse soudaine des taux n’est à signaler depuis le début du confinement. De fait, les taux sont restés à un niveau bas. En revanche, les banques, bien que dans la liste des activités de première nécessité sont, dans les faits, en effectifs réduits. Leur priorité actuelle est d’aider les entreprises; les dossiers de prêt immobilier n’étant pas prioritaires à ce stade.

Pour les banques qui continuent d’octroyer des prêts, les délais sont extrêmement allongés et elles affichent des taux légèrement plus haut qu’avant la période de confinement. Une hausse modérée de 0,20 points de base fixe aujourd’hui les taux à 1,35%. Olivier Jourdan, CEO d’Helloprêt explique “Sur un prêt moyen de 200 000 euros sur 20 ans, cette hausse représente une augmentation de 25 euros sur la mensualité du ménage.” Cette légère hausse semble être de nature technique, plutôt qu’économique. Elle s’explique notamment par le fait que les banques souhaitent ralentir le robinet des crédits, faute de temps pour gérer tous les dossiers. D’autres établissements bancaires font même le choix de ne plus accepter aucun nouveau dossier par manque de temps et de personnel disponible.

Peut-on signer un compromis ou acte authentique de vente/achat auprès d’un notaire ?

Aujourd’hui, les notaires conservent leur capacité à signer des actes authentiques, explique Maître Morgan Guilbert. Suite à plusieurs décrets autorisant la signature d’actes authentiques électroniques ainsi que la comparution à distance, les notaires sont en capacité de signer des avant-contrats ainsi que des actes de vente, sous condition d’avoir un dossier complet. 

À défaut, l’acte authentique ne pourra être signé. C’est notamment le cas si vous devez réaliser des diagnostics: les diagnostiqueurs ne pouvant pas se déplacer physiquement pour faire leur travail. Toutefois, si vous devez récupérer des documents d’urbanisme sachez que certaines mairies restent ouvertes et se tiennent à votre disposition. 
 

Que pourrait-t-il se passer en sortie de confinement ?


On observe, ces dernières semaines, que la crise du Covid-19 inquiète les acteurs du marché immobilier. Pour autant il est impossible de prédire tous les impacts liés aux mesures de confinement. Les experts nous donnent leurs avis sur le futur du marché, post-crise sanitaire. 

Quel pourrait être l'impact sur les prix de l'immobilier et sur l'attitude des vendeurs et des acquéreurs ?

Si aujourd’hui il est impossible de lire clairement l’avenir du marché, il reste sage de penser qu’un impact plus ou moins important sur l’économie dépendra de la durée de confinement et des conditions de retour à la normale. 

Deux scénarios se dessinent peu à peu: l’un très pessimiste et le second raisonnablement plus optimiste. Le premier envisage un marasme économique et financier si la crise sanitaire venait à se prolonger au delà de l’été. Cette hypothèse laisse présager une crise immobilière puisque le crédit serait alors contraint et les acheteurs en voie de disparition. 

D’un autre côté, de nombreux analystes et professionnels de l’immobilier soutiennent que la crise ne remet que très partiellement en cause les deux piliers de la hausse des prix. Ces deux piliers sont le faible coût du crédit, et des acheteurs en surnombre comparés aux vendeurs. De fait, dans une logique de relance de l’économie par l’Etat, le crédit devrait rester très abordable si la crise ne se prolonge pas au delà de l’été. Pour le moment, les Etats sont en mesure d’absorber cette crise exogène.

De plus, des opportunités vont voir le jour à la suite de cette crise sanitaire, notamment avec des prix plus accessibles dans les grande agglomérations. Depuis près de 3 ans, les prix à Paris ont augmenté de 8-10% par an, ce qui est devenu un problème pour les primo-accédants et aussi pour les familles qui ne peuvent se satisfaire d’une petite surface. La crise pourrait contribuer à rééquilibrer les prix, qui avaient tendance à s’envoler ces dernières années, et de fait bénéficier aux acquéreurs.


Le retour à la normale des banques, suite au confinement, sera-t-il perturbé au niveau administratif ?

Lors de la levée du confinement, on risque d’assister à des embouteillages de dossiers auprès des banques. Tous les projets en stand-by, faute de solutions adaptées à distance, vont être ré-enclenchés. Les banques auront de nombreux dossiers à gérer mais auront à coeur de rattraper leur retard. Elles seront également en mesure de prêter car nous n'assistons pas à une crise de liquidité.

Doit-on envisager une possible remontée des taux d’intérêts sur le dernier semestre 2020 ?
 
Une crise est rarement annonciatrice de bonnes nouvelles pour les investisseurs. Cependant, nous n’assistons pas à une crise financière systémique. Les taux d’intérêts ne devraient donc pas augmenter, comme après la crise des subprimes en 2008. De fait, la BCE continue de maintenir des taux bas afin de permettre à l’économie de rebondir. 

Par rapport au début du confinement, la capacité d’emprunt des ménages a un peu baissée. “Pour un emprunt de 400 000 euros sur une vingtaine d’années, on parle d’une diminution de la capacité d’emprunt d’environ 10 000 euros” indique Olivier Jourdan, CEO d’Helloprêt, tout en affirmant que cette baisse reste raisonnable. 

La situation va-t-elle structurellement faire évoluer les usages dans les métiers de  l’immobilier ?


La crise est un accélérateur transformationnel vers le digital comme nous l’explique Paul-Henri Chopin, co-fondateur de la néo-agence Hosman. En effet, les usages changent et le secteur immobilier va devoir s’adapter en accélérant sa transformation digitale pour répondre aux besoins de ses clients.  Et pourquoi pas, imaginer un futur vers des transactions 100% digitales ? 

Cependant, si la crise reste un catalyseur de la révolution numérique, elle implique une perte de confiance globale. Il sera donc nécessaire pour les professionnels de redoubler d’efforts de conseil et d’information afin d’apaiser le climat anxiogène.

Aujourd’hui, nous pouvons imaginer de nouveaux modes de commercialisation et d’achat sur des durées limitées tout en restant sécurisés et qualitatifs. Digitaliser sans déshumaniser, afin de transformer cette épreuve en opportunité.